C’est quoi être féministe ?

Beyoncé Féministe We can do it

J’imagine que, comme moi, vous avez plus ou moins survolé le tollé que s’est pris Lou Doillon suite à ses récentes déclarations dans le journal espagnol El Pais sur le féminisme des stars telles que Beyoncé, Kim Kardashian ou Nikki Minaj. J’avais envie de réfléchir là-dessus, un peu étonnée de voir des femmes se revendiquant toutes féministes se diviser autant. Au fait, c’est quoi être féministe ?

Selon moi, être féministe c’est lutter pour un traitement équitable entre hommes et femmes (attention, j’ai bien dit équitable, et non pas égal), et tendre vers une société idéale qui ne serait plus normée par des constructions sociales genrées.

Je m’explique : être féministe pour moi, c’est se battre pour l’égalité salariale, et contre les discriminations envers les femmes par exemple, mais aussi trouver les moyens pour que chaque femme (comme chaque homme) puisse s’épanouir et se réaliser en tant que personne, et non pas en tant que femme, et avec toutes les attentes et les suppositions qu’on lui rattache. Je plaide pour que chaque être humain puisse s’épanouir en dehors de tout déterminisme genré : je souhaiterais que mon éventuelle future fille grandisse en se disant qu’elle peut aimer le rock, le skateboard et rêver de devenir pilote de Formule 1, sans même que l’idée que ce soit des « activités de garçon » ne lui traverse l’esprit. Comme je serais également heureuse de la voir épanouie en tant que mère de famille passionnée de broderie et de danse classique du moment que c’est son choix et non pas quelque chose d’imposé par quiconque ou quelque modèle que ce soit.

Le vrai défi de la femme aujourd’hui, à mon sens, c’est de casser les codes. C’est de se construire ou se réapproprier en abstraction de ce que la société attend de nous en tant que femme et qui nous conditionne dans nos choix, dans nos hobbies, dans nos carrières, dans nos caractères… Cela peut être le fait d’être plus fragile à priori, mais qu’elle doit aussi être capable d’être une bonne mère de famille, tout en étant une épouse modèle, une amante performante, et une working-girl sur-investie. Je caricature un peu ce modèle souvent repris un peu partout pour montrer le poids pesant sur les femmes. Je le reprends surtout parce qu’il me semble invraisemblable : pourquoi vouloir à tout prix motiver des femmes à faire une carrière et avoir un poste à responsabilité si ce n’est pas dans leurs objectifs de vie ? Pourquoi vouloir débrider la sexualité des femmes et les complexer si elles se sentent à l’aise dans leur routine habituelle, tout en les lynchant si elles se libèrent ? Pourquoi demander aux femmes de se cantonner dans le rôle qu’on leur a défini tout en leur demandant de se comporter comme un « homme », également prédéfini, pour pouvoir évoluer dans certaines sphères ?

Pour en revenir aux déclarations de Lou Doillon, je pense que son erreur majeure est d’ériger un modèle féministe qui lui ressemble, complètement auto-centré, selon ses valeurs, et ses critères d’émancipation : une femme qui aime se balader en string et s’exhiber est vulgaire et soumise à la domination masculine, alors qu’il serait souhaitable qu’elle s’habille plus décemment pour être respectée et s’affirmer (je (p)résume un peu facilement le postulat de Lou Doillon). Je ne reviendrais pas sur les fameuses photos dénudées d’elle, ni de la polémique femme-mince-blanche vs. femme-voluptueuse-noire qui à mon avis parasite un peu le débat, mais l’ont clairement décrédibilisée !

Cependant, il me semble que les personnes ciblées par la chanteuse font une erreur également. En prônant une liberté sexuelle, une réappropriation de leur corps et un féminisme « sexy » passent-elles le bon message ? Ne s’appuient-elles pas sur des codes que les hommes leur ont eux-mêmes instruits tout en pensant qu’elles les font leurs ? Quand Nikki Minaj twerke, une féministe pourrait dire qu’elle assume fièrement ses formes, s’habille comme elle l’entend sans se soucier de ce qu’on pourra lui dire, et qu’elle revendique le droit à être une femme forte, fière, et maîtresse de sa sexualité. Est-ce que c’est réellement le message qui est retenu par la majorité des personnes regardant ses clips ? Je n’en suis pas sûre

C’est peut-être un souci de pédagogie, mais je crains que les élans féministes de ces pop stars ne soient pas toujours crédibles, reprenant encore une fois les codes de séduction masculins et plaçant le regard et le jugement de l’homme au centre de toutes les attentions : « oui je peux être noire, avoir de belles formes, tout en étant sexy et désirable ». En souhaitant affirmer de la sorte l’importance d’une beauté plurielle et qui sort des clichés habituels, j’ai peur qu’elles s’inscrivent encore malgré tout dans une soumission à l’homme, a ses besoins, ses envies et ce qu’il attend d’une femme.

Voilà mon petit point de vue sur la question, sur un féminisme qui doit rester aussi multiple qu’il y a de femmes et qui doit avant tout selon moi les replacer en tant qu’être et déconstruire la notion de femme et s’affranchir des relations établies avec le masculin. Courage, dialoguons, et resserrons nos rangs plutôt que de nous diviser !

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s