« Being Healthy »: nouvel asservissement de la femme?

Tout a simplement commencé par un commentaire anodin qu’une psychiatre, réputée en la matière, avait sorti:

« De toute façon, l’anorexie résulte d’une pression de notre société patriarcale et masculine pour asservir la femme. Quoi de plus facile que de tenir une femme en lui suggérant que s’affamer est la solution pour faire d’elle un modèle de féminité et de réussite, identique à ceux que notre société véhicule : des mannequins-stars-vedettes (trop) minces, pleines de vie, et à qui tout semble sourire. En refusant de manger pour atteindre cet idéal de perfection, ces femmes normales deviennent faibles et vulnérables, et donc beaucoup plus faciles à contrôler. Surtout, épuisées et obsédées par cette quête effrénée, elles finissent par se taire, par ne plus rien revendiquer, et par progressivement s’éteindre. »

Sur le coup, cela m’avait semblé un peu trop caricatural et simpliste, presque paranoïaque. Le temps a passé et depuis, la mode du « skinny » a laissé la place au « healthy » et à ses nombreuses composantes: manger sain et équilibré, arrêter le gluten, faire du sport, faire du yoga…

Soit, le message diffusé par ce courant est louable: manger mieux, faites du sport, soyez en bonne santé, et épanouissez-vous ainsi. Les mannequins maigrichons sont remplacées par des femmes athlétiques, toujours aussi minces, toujours avec le même sourire enjôleur…

Les règles du jeu ont changé: une femme modèle est une sportive (mince) accomplie, s’entrainant minimum 4 ou 5 fois par semaine (sans oublier le yoga) qui contrôle strictement son alimentation (stop au gluten, sucre, viande, gras etc.) tout en jonglant avec les multiples facettes de sa vie professionnelle comme personnelle.

Ce n’est pas tout: qui dit sport dit performance, dépassement de soi, compétition. Une femme « healthy » doit régulièrement faire preuve de son total dévouement en partageant ses performances, ses nouvelles réussites, son programme de la semaine. Bien sûr, en tant que sportive passionnée, l’émulation et le dépassement de soi font partie du jeu, et c’est de là que se tire une grande partie du bien-être et de la satisfaction engendrées. Je repense à ce commentaire de la fameuse psychiatre.

Ce mouvement « healthy » n’est-il pas entrain de nous asservir? Choisir un mode de vie plus sain, prendre soin de son corps de son esprit et de sa santé, apprendre à se défouler de manière ludique, oui. S’astreindre à un régime sain mais ultra-contraignant, tout en poursuivant un rythme d’entrainement effréné, jusqu’à l’épuisement, et en allant toujours plus loin?

Epuisement et performance. Je n’irais pas à dire qu’il existe un complot de l’industrie du wellness visant à faire des femmes de parfaites esclaves disciplinées et sans esprit de rébellion. Cependant, je pense que le sport et le bien-manger ne sont pas toujours une clé vers l’épanouissement.

De plus, il est plus politiquement correct, et sain, d’ériger une femme sportive en égérie qu’un modèle de couture famélique, et cela correspond mieux à cette culture de performance dans laquelle nous baignons tous.

Il est bon pour notre santé de privilégier une alimentation équilibrée, mais variée, et de pratiquer une activité sportive, mais combien le font pour leur propre et seul bien-être? Combien le font avant tout pour atteindre ces modèles de perfection et de réussite? Je suis la première à laquelle on peut jeter la pierre: je suis coutumière du sur-entrainement et de l’auto-culpabilisation si je mange tel aliment pas très « healthy » ou si je passe une journée sans sport. Je cherche à toujours aller plus loin. En sommes-nous plus heureuses pour autant?

Recherchons le bonheur propre, celui personnel, de chacune, et lâchons la pression sur ce culte de la performance envers nous-même. Essayons d’être moins exigeantes, félicitons nos efforts, et vivons nos passions, mais ne sombrons pas dans le piège. Ne nous laissons pas nous lessiver dans cette course au régime le plus sain, et au corps le plus « fit ». Cela ne doit regarder que nous, nos propres envies et nos propres besoins, et jamais nous culpabiliser. Il y a beaucoup d’autres choses pour se charger de ça!

Prenez soin de vous, et prenez garde, votre mode de vie ne doit pas devenir votre vie. Restez alertes, critiques et à l’écoute du monde extérieur, mais aussi et surtout de vous-même.

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